lundi 18 juillet 2016

encore combien de Milk Bar

On ne fera pas long, tout reste à faire mais tout a été dit. Néanmoins la répétition des même réflexions a au moins le mérite de contribuer au volume général de la protestation.
 
On s'interroge sur les prochains stades de l'escalade des opérations de relations publiques gouvernementales, au-delà de la destruction, annoncée par le président de la République à ses 12% d'approbateurs résiduels quelques heures après les sacrifices de Nice, de détruire un peu plus d'infrastructures syriennes après soigneuse évacuation de leurs occupants qataris.
 
Sur le plan intérieur la gesticulation en cours rappelle le printemps 2009, où le gouvernement avait grandiloquemment décrété le plan national de prévention et de lutte contre la pandémie grippale, puis son escalade législative phase après phase pour cacher sa décision non seulement de n'en appliquer aucune, mais aussi de laisser volontairement entrer la grippe Smithfield. Il en est de même, on l'a expliqué dès le début, de l'état d'urgence. Aujourd'hui certains appellent l'instauration du couvre-feu. Dans l'étude d'août dernier sur le Septième Scénario, qui annonçait la proclamation de l'état d'urgence un 14 novembre (involontaire prophétie), c'était justement pour pouvoir instaurer le couvre-feu en certains lieux que le gouvernement décidait de déclarer l'état d'urgence (comme en 2005). Or l'état d'urgence a bien été déclaré le 14 novembre mais le gouvernement n'a pas jugé opportun d'instaurer un couvre-feu dans les parties du territoire où son autorité est encore respectée. En soi d'ailleurs un couvre-feu nocturne ne changerait pas grand-chose puisque les sacrifices humains bismillah sont préférentiellement exécutés de jour, nonobstant quelques exceptions dans la pratique. De toute façon les quinze millions de partisans de cette pratique, et les quelques exécutants passés à l''acte jusqu'à présent, accordent à la loi coranique une autorité supérieure aux lois et décrets étatiques. La circulation d'un gros camion frigorifique en infraction des interdictions de centre ville, d'horaires vespéraux et de livraison les jours fériés n'est pas plus exceptionnelle que la tolérance des arsenaux des enclaves suburbaines de droit extraterritorial ou le laissez-passer sans contrôle accordé à toutes les encagoulées intégrales dans les aéroports de France et de Mayotte, sous état d'urgence comme sous état de patience : même en dehors des zones de droit coranique, l'exécutif ne fait plus appliquer les lois votées par le législatif, ou du moins il en exempte certaines populations et prend bien soin de leur faire savoir que ce n'est pas de la négligence aléatoire mais une exemption ciblée, au sens propre un privilège, accordé non pas à un individu selon son mérite mais à une communauté selon sa croyance… discours promotionnel dont l'effet, voire l'objectif, ne peut être que la propagation de ladite croyance qui accorde ainsi un statut supra-citoyen en France.
 
Quant à l'état de siège au sens de l'article 36 de la constitution, on a également déjà répondu à ceux qui en rêvent aujourd'hui. Comme en matière de pandémie, il est ridicule, donc contre-productif pour l'autorité de l'Etat, de décréter un nouvel état institutionnel avant d'avant appliqué les mesures prévues au stade précédent. Or il y en a beaucoup, et bien plus efficaces que l'instauration d'un couvre-feu dans les zones d'obéissance civique. Sur le territoire national, le transfert de l'autorité civile à une autorité militaire n'a plus aucun sens aujourd'hui en France. Il s'agirait de faire passer les centaines de milliers d'effectifs de police professionnelle sous le commandement de quelques officiers généraux exclusivement issus du corps expéditionnaire de manœuvre, puisque la restauration précipitée d'un symbolique commandement territorial ne peut pallier ni la dissolution des forces de défense du territoire, ni la déqualification méthodique, à leur corps défendant, des cadres de réserve, deux chantiers de désarmement menés depuis vingt ans par l'état-major conjoint Bercy-saint-Dominique. Qu'il s'agisse d'un simple couvre-feu à vocation publicitaire ou d'une véritable opération de perquisition et désarmement des enclaves extra-étatiques en France, il faudrait s'attendre non pas à une collaboration civique généralisée mais à l'insurrection, spontanée ou intimée, de l'ensemble des zones concernées, alors que l'effectif militaire maximal déployable ne permettrait même pas de sécuriser une seule métropole régionale, comme on l'a démontré, par les chiffres et selon les méthodes du Livre Blanc de la Défense et de la Sécurité, dans le Septième Scénario.
 
Surtout, aucune mesure de restauration de l'ordre pré-mahométan ne peut avoir la moindre efficacité dans l'actuel état d'esprit gouvernemental de soumission (islam en langue arabe) régulièrement exprimé par le régime, qui demande expressément à la population française de s'habituer à la généralisation des sacrifices collectifs pour au moins dix à vingt ans, sans oser lui préciser quelle issue la population survivante devrait attendre de cette tolérance vicennale. Le ministre de l'Intérieur a certes menti en disant le 5 août 2014 qu'il n'était pas illégal de prôner le djihad en France, puisque toute incitation à la violence est interdite qu'elle qu'en soit le motif ou la finalité. Mais son propos était cependant suffisamment grave pour devoir être pris au sérieux, tant comme intimation d'accepter, pour les uns, que comme encouragement à continuer, pour les autres ; le maintien à son poste après ce type de déclaration est un endossement gouvernemental sans ambiguïté. De son côté, le Directeur Général de la Sécurité Intérieure a déclaré le 24 mai 2016 devant l'Assemblée que ce qui le préoccupait beaucoup plus que le djihad est le risque de radicalisation d'une ultra-droite
 
Pour les peuples de France, lorsqu'après avoir compris qu'ils ne pourraient pas contraindre le régime à l'obéissance civique ils auront repris leur destin en main, les méthodes de leur salut seront à chercher de l'autre côté de la Méditerranée : comme en Algérie l'interdiction de toute manifestation publique d'allégeance à l'idéologie mahométane (prières de rue par exemple), comme en Tunisie la fermeture des officines de propagation de ladite idéologie (mosquées par exemple). Seul le gouvernement français, dont aucun membre n'a sérieusement étudié le Coran (certaines ministres l'ont juste appris par cœur), prétend distinguer entre mosquées takfiristes, salafistes ou wahabbites comme il entend distinguer les bons terroristes qui massacrent des Syriens déclarés ennemis de l'Islam des mauvais terroristes qui massacrent des Syriens engagés eux aussi dans la lutte contre l'Etat laïc syrien. De même que tout chrétien confirmé, ou baptisé à l'âge adulte, a vocation (sinon empressement) à devenir un pratiquant de la confession, de la communion, de la messe, du pardon et de l'extrême-onction, tout musulman a vocation à prier cinq fois par jour pour l'extermination des non-musulmans, à faire l'aumône envers ses coreligionnaires, à faire le pélerinage à La Mecque si ses moyens le lui permettent, à se préparer pendant un mois au sacrifice par égorgement (d'abord à finalité alimentaire), et à faire le djihad. Cette vocation-là, aucune confiscation d'armes n'en viendra à bout, quand bien même une dictature musclée aurait la volonté et les moyens d'entreprendre la confiscation de toutes les Kalachnikov, tous les camions frigorifiques et tous les Opinel de France et de Mayotte. Regarder vers le pays fondé par le colonel de Gaulle, c'est se rappeler qu'après la confiscation irréfléchie des fusils de chasse aux fermiers isolés en 1992, le gouvernement a été obligé de distribuer des Kalachnikov aux villageois regroupés en 1995, à peine trois ans plus tard. Les événements vont parfois plus vite que la réflexion politique.
 
En quelques mois la France a déjà subi vingt fois le Milk Bar, la Cafétéria, le Coq Hardi et l'Otomatic réunis. La seule riposte qui ait fonctionné, en 1995 comme en 1957, c'est le Dispositif de Protection Urbaine. Si les Français veulent éviter de devoir choisir entre la chahada et le cercueil, c'est désormais à l'échelle du pays qu'ils devront mettre ce dispositif en œuvre.

dimanche 3 juillet 2016

du besoin d'en connaître

La parole est d'argent, le silence est d'or.
 
D'une manière générale l'information confère du pouvoir. Son excès quantitatif peut certes noyer un esprit incorrectement formé ou insuffisamment synthétique, raison pour laquelle l'honnête homme est un généraliste et le stratège ou le directeur général n'est pas un spécialiste. La société d'exploitation (aujourd'hui essentiellement africaine) est basée sur les ressources extraites, la société de production (aujourd'hui essentiellement asiatique) est basée sur les produits fabriqués, la société d'information (aujourd'hui essentiellement européenne) est basée sur les connaissances, qu'il faut élaborer, protéger, utiliser et échanger, en un mot gérer. D'ailleurs dans cette société les cadres ne peuvent se contenter de recevoir passivement l'information, ils doivent au minimum, comme on l'a expliqué par ailleurs, établir un compte d'exploitation (charges et produits) précisant les informations à obtenir et celles à livrer, de même qu'un officier de renseignement dresse une liste des informations à recueillir avant d'établir son plan de renseignement. Cependant en se partageant sans se réduire cette matière auto-reproductrice, qui est à la fois ressource et produit, est facilement envahissante, et il est nécessaire d'en contrôler même les flux entrants, de la même manière qu'un producteur de pétrole a une vanne de régulation et qu'une usine gère sa chaîne d'approvisionnement pour ne pas crouler sous un stock incontrôlé de matière première. Ce n'est pas par hasard que les concours ou examens pour décideurs comportent une part de sélection d'information, c'est-à-dire qu'on donne aux candidats plus d'informations que ce dont ils peuvent prendre connaissance pendant le temps imparti, y compris des informations strictement inutiles au problème posé. Surtout, l'information est impossible à reprendre ; on peut suivre, retrouver et remettre à sa place un objet volé, mais on ne peut pas reconfiner une information échappée. L'information affecte la cognition et on ne peut pas revenir à l'état antérieur à son acquisition, même si on feint de ne pas la prendre en compte dans un raisonnement. Celui qui a cédé (donné ou vendu) une information cesse certes de la posséder, du moins exclusivement, mais il continue de la détenir, ainsi que tous les intermédiaires qui l'ont relayée vers le dernier récepteur.
 
L'ignorance fait pitié (aux autres, car l'ignorant ignore qu'il ignore) mais le secret fascine. Ignorer qu'un pays entier est manipulé par un acteur unique caché derrière le gouvernement apparent n'empêche pas de dormir, mais apprendre que c'est le cas et ne pas savoir qui est cet acteur inquiète profondément. Au-delà de l'inquiétude, le secret fascine par l'étiquette occulte. On se rappelle qu'il y a quelques années, une information dite sensible est passée à la presse française simultanément sur deux supports identiques, à savoir deux copies d'un même document, dont l'un était frappé d'une mention de classification (réglementairement tamponnée en rouge en haut et en bas de chaque page) et l'autre ne l'était pas, et presque toute la presse choisit de publier celui qui était classifié. Au lieu de publier la version apparemment ouverte, ce qui est un acte irréprochable sauf si l'on sait (ce qui était évidemment le cas) que l'information est classifiée et que le support sans tampon est d'origine frauduleuse, les journaux décidèrent non seulement de commettre une infraction déontologique et civique, mais même de courir le risque légal de la commission d'un véritable délit légalement punissable, pour attirer l'attention de leurs lecteurs, non pas sur le contenu de la note mais sur son caractère secret et donc sur la "qualité" de leurs sources de fuites. De la même manière, après avoir tenté en vain pendant plusieurs semaines d'amener un interlocuteur à sécuriser sa messagerie, afin de lui faire relayer un outil confidentiel (et une information sensible) auprès des circuits fermés et capables de réaction auxquels cet interlocuteur avait accès, Stratediplo finit par lui adresser une fiche de synthèse à vocation pratique qui se terminait par "si elle est divulguée par la presse sa pertinence sera altérée", et cet ancien professionnel de la sécurité sensible à la griserie d'une récente popularité préféra, sans omettre d'ôter la dernière phrase, jouer le sensationnalisme d'une diffusion grand public sur internet.
 
Car évidemment le secret confère une autorité à celui qui le détient, ou dont on croit qu'il le détient, en l'occurrence une autorité légitime si le secret lui a été confié et une autorité illégitime s'il l'a percé par lui-même. Et pour celui en quête d'autorité, déclarer qu'il détient un secret lui confère une certaine aura, mais le prouver en révélant sa teneur accrédite ou certifie cette autorité. Enfin, selon auprès de qui il veut faire autorité, le détenteur du secret peut soit le révéler au public en général comme dans le cas de la presse évoqué ci-dessus (le secret cesse alors d'exister), soit le confier à un interlocuteur particulier, sous le sceau du secret, flattant personnellement le confident ainsi choisi et lui donnant le sentiment d'être sélectivement admis dans un cénacle fermé. En publiant le secret on le rompt, en le "confiant" on le compromet indûment. Or il a une raison d'être.
 
La défense française cultive, indépendamment du niveau de classification de l'information et d'habilitation de la personne, la notion du "besoin d'en connaître". Une instruction générale interministérielle définit ce besoin d'en connaître comme "la nécessité impérieuse de prendre connaissance d'une information dans le cadre d'une fonction déterminée et pour la bonne exécution d'une mission précise". Nonobstant, même si un texte administratif donne aux fonctionnaires des critères pour l'appréciation judiciaire d'une faute professionnelle (ou d'un crime de trahison), il s'agit au fond tout simplement du principe de discrétion, relevant du bon sens, et toute personne responsable au sens étymologique (qui doit répondre de ses actes) et pas seulement hiérarchique doit exercer son propre jugement de citoyen. A la lettre, une information classifiée à un certain niveau de protection du secret n'a pas vocation à être diffusée à toutes les personnes habilitées à ce niveau, une personne habilitée au Secret Défense n'a pas "le droit" de connaître toutes les informations classifiées SD, et le détenteur d'une information SD n'a pas "l'obligation" de la confier à tous ses correspondants habilités à ce niveau. Cette règle est indépendante du niveau de classification et du type d'habilitation, qu'elle soit permanente et statutaire comme le Confidentiel Défense ou temporaire et liée à une fonction comme le Secret Défense. Dans l'esprit, même une information non officiellement classifiée, et même non officiellement en diffusion restreinte, n'a pas vocation à être libéralement diffusée à tout vent. Sans faire d'espionnite (ce qui serait pourtant excusable dans le pays le plus espionné au monde), il ne faut pas oublier que 80% du renseignement utile est collecté à partir de sources ouvertes.
 
Pour l'anecdote, une personne s'est vue proposer, certainement en preuve de confiance, une information qu'à l'époque tous auraient voulu connaître, du lecteur de quotidien (par curiosité) au chef d'état (pour action), un gouvernement corrupteur ayant même promis une forte récompense à tout traître qui lui livrerait cette information. L'intéressé, au sens propre car il l'était effectivement, était flatté qu'on lui proposât cette information, et son interlocuteur s'honorait certainement qu'on sache qu'elle lui avait été confiée. Il ne s'agissait pas d'intoxication (diffuser une fausse information) car l'informateur, lui-même informé par nécessité à l'occasion d'une action précise, connaissait la discrétion de l'informé potentiel et savait qu'il n'aurait pas fait circuler. Bien entendu cette personne a confirmé qu'en cas de nécessité on pourrait compter sur elle, mais en dépit de sa curiosité (savoir si elle avait deviné juste) elle a préféré ne pas connaître l'information en question, et l'a dit immédiatement. Ce faisant elle s'assurait que son interlocuteur (et ceux qui le tortureraient éventuellement) sache qu'elle ne connaissait et ne connaîtrait pas cette information, et au passage elle lui laissait indirectement et poliment entendre qu'il ne fallait pas la communiquer même à des personnes sûres tant qu'il n'y avait aucune nécessité de le faire.
 
Car la seule nécessité d'informer quelqu'un, c'est son besoin d'en connaître.

dimanche 26 juin 2016

le continent est isolé - l'euro coule

Comme disent les Anglais, "il y a du brouillard sur la Manche, le continent est isolé".
 
En l'occurrence il ne s'en portera que mieux, d'ailleurs dès sa première candidature il était clair que le Royaume-Uni n'entrerait dans le Marché Commun que pour mieux le saborder de l'intérieur, en commençant par se faire prier et en exigeant (et obtenant) des conditions exorbitantes, comme la fameuse règle budgétaire selon laquelle il récupèrerait toujours, sous forme de fonds structurels ou subventions, au minimum l'équivalent de sa contribution au budget communautaire. Le Royaume-Uni, pays industriel dont la principale exportation agricole fut le détachement à Bruxelles d'un commissaire européen à l'agriculture prêt à toutes les concessions uniopéennes (c'est-à-dire françaises et italiennes) face aux Etats-Unis d'Amérique et à l'Organisation Mondiale du Commerce, a ainsi réussi ou contribué à abattre l'agriculture française et italienne, ce que l'admission de la Roumanie et de la Bulgarie puis les hostilités contre la Russie n'ont fait qu'aggraver dernièrement.
 
On ne s'apitoiera donc pas outre mesure sur le sort des régions périphériques traditionnellement pauvres du Royaume-Uni (Irlande et Ecosse) qui, en dépit du soutien de la coalition londonienne de la bourse et de l'islam, voient s'éloigner leurs subventions franco-italiennes. De son côté l'Angleterre, hors donc la City dorée et ses faubourgs verts, a souhaité reprendre sa souveraineté en particulier parce que les Anglais (eux non plus) ne se sentent plus chez eux quand ils visitent leur capitale, représentée par un nouveau maire qui, symboliquement, ressemble à un conducteur d'éléphant du ministère de la défense du Canadesh. Pour leur part le kebab ne pouvait choisir que le multiculturalisme, et le chapeau melon ne pouvait choisir que la rentabilisation de l'exception britannique.
 
Car cette exception est très rentable. La dévaluation artificielle spéculative de 20% des monnaies européennes continentales, dans l'année qui a suivi leur fusion en euro, s'est traduite par une appréciation (relative) de la livre. Alors que le produit intérieur brut de la France, réalisé en francs (désormais sous-multiple de l'euro), et le produit intérieur brut du Royaume-Uni, réalisé en livres, n'avaient pas changé, la dépréciation soudaine de l'euro et l'appréciation corrélative de la livre ont fait passer le PIB (exprimé en dollars) du Royaume-Uni devant celui (exprimé en dollars) de la France, ainsi rétrogradée au rang de cinquième puissance économique mondiale tandis que sa perfide rivale passait au quatrième rang. Il ne suffisait plus à la presse financière anglophone qu'à imprimer de gros titres sur la percée du Royaume-Uni, la santé et la compétitivité de son économie (pourtant totalement inchangée) pour attirer les grands capitaux apatrides qui de toute façon fuyaient les places financières européennes minées par la spéculation contre la monnaie "commune" de personne. En ce sens la livre a été un bénéficiaire collatéral de la stratégie étatsunienne (la fusion des marchés et des monnaies d'Europe). On peut même dire qu'elle s'est vengée sur ses voisins de sa grosse dépréciation face au mark et au franc à l'occasion de sa défaite en 1992 par Soros, surnommé "l'homme qui a fait sauter la banque d'Angleterre" alors qu'il a surtout fait sauter le Système Monétaire Européen, mission certainement rétribuée par ses commanditaires JP Morgan, Chase Manhattan et Bank of America (voire par leur gouvernement) et dont le milliard et demi de dollars de bénéfices apparents (aux frais du Royaume-Uni) de son fonds Quantum, retenu par la presse, n'était qu'un avantage accessoire mais pas le motif principal. Le gouvernement anglais a pour sa part certainement compris que cet objectif étatsunien était la seule raison pour laquelle on l'avait poussé à faire accepter, deux ans plus tôt, la livre (alors beaucoup plus instable que la lire) dans le SME alors qu'après une décennie de sinistre économique, et dans un contexte d'inflation double de celui de la France et triple de celui de l'Allemagne, cela ne pouvait conduire qu'à une grave surévaluation de la livre. Les stratèges étatsuniens savaient bien que les exécutifs exécuteurs des pays d'Europe travaillaient contre leurs pays respectifs, et aussi que déjà à l'époque ils répondaient à tout échec communautaire par plus d'intégration forcenée. En poussant le Royaume-Uni vers le continent, leur objectif était peut-être justement de faire exploser deux ans plus tard le Système Monétaire Européen afin de pousser les pays européens vers une monnaie unique encore plus facile à manipuler, comme l'avenir le montrerait sans équivoque.
 
Et comme le présent le confirme encore. Cela fait pourtant quinze ans, depuis la création de la chimère monétaire, qu'on la voit réagir systématiquement aux à-coups économiques d'outre-Atlantique et ignorer les indicateurs européens : la publication d'un taux d'inflation ou de chômage en Europe n'a aucun effet sur l'euro alors que la publication d'un taux d'inflation ou de chômage aux Etats-Unis d'Amérique le fait toujours baisser ou monter, lui faisant jouer parfaitement le rôle pour lequel on l'a créé, celui de contre-poids alternatif dans lequel on place ses fonds quand on attend une baisse du dollar et duquel on les retire quand on pense que le dollar va monter. L'euro, certes à une bien moindre échelle que le dollar, confirme aussi que la spéculation financière et monétaire s'appuie bien plus sur la psychologie que sur l'arithmétique, et la manipulation y est d'autant plus facile que les acteurs concernés sont ignares.
 
Un habitué du bar du commerce pourrait penser que la livre et l'euro évoluent indépendamment puisqu'ils sont les monnaies d'espaces monétaires distincts, et que cette indépendance pourrait même être renforcée par la sortie du Royaume-Uni du Marché Commun. Un économiste sachant que la livre n'avait aucune vocation à se fondre dans l'euro pourrait croire que la fin du régime d'exception (budgétaire notamment) et le renforcement de l'adéquation entre la géographie économique et la géographie monétaire, par l'élimination d'une monnaie et le renforcement de la prévalence de l'euro dans l'Union Européenne, jouerait en faveur au moins de l'euro, voire aussi de la livre. Un politologue s'imaginerait que la sortie du trouble-fête systématique et le resserrement des processus d'indécision communautaires profiterait à la politique économique uniopéenne et à sa monnaie par défaut, et que le rétablissement de la politique économique souveraine du Royaume-Uni profiterait à sa propre monnaie. Un spéculateur intéressé par une alternative financière et boursière hors espace réglementaire de la banque fédérale étatsunienne et de la banque centrale européenne (et plus solide que Changaï) se réjouirait de la renaissance de la City au moment précis où elle va perdre son rôle mondial de fixation du cours des métaux précieux. Que nenni ! Ils auraient tous tort. Les maîtres des grands marchés de spéculation sur les devises ont envoyé par le fond, dès vendredi, tant l'euro que la livre, et tout misé sur le dollar. La fonte en bourse des actions (donc des capitaux propres) des banques européennes des deux côtés de la Manche rapproche l'inéluctable cataclysme financier, et permet de plus d'en blâmer la Deutsch Bank (punie pour avoir dénoncé la manipulation du cours de l'or), dont la banqueroute désormais imminente fera paraître celle de Lehman Brothers en 2008 comme une anecdote bénigne.
 
Les grands spéculateurs capitalistes apatrides avaient annoncé qu'en cas de rétablissement de la pleine souveraineté du Royaume-Uni ils retireraient leurs fonds de Londres, où ils les avaient pourtant placés en raison de l'indépendance économique du pays, de son code du commerce très complaisant, de son accueil des fonds en gestion non résidente (offshore), de sa résistance aux diktats de Bruxelles, et aussi de la possibilité de placer ou libeller dans une autre devise que le dollar et l'euro. Il n'est pas dit qu'ils mettent leur menace à exécution contre leur propre intérêt maintenant que la chose est décidée, car ils ne cherchaient peut-être qu'à intimider et influencer l'électorat britannique sur injonction des Etats-Unis d'Amérique, qui n'ont pas hésité de leur côté à menacer ouvertement le Royaume-Uni de sanctions économiques en cas de sortie de l'Union Européenne, et qui dépêchent leur ministre des affaires étrangères ce lundi à Bruxelles (et certainement aussi à Londres, en passant) pour communiquer leurs instructions aux chefs d'Etat et de gouvernement européens, apparemment peu gênés d'être collectivement et individuellement convoqués par un simple ministre, envoyé de plus par un pays non membre de l'Union Européenne à laquelle ils consacrent beaucoup d'énergie et de réunions de crise depuis vendredi.
 
Tout cela signifie que l'enjeu pour les Etats-Unis n'est pas économique mais politique. Or les deux principaux inconvénients pour eux de la restauration de la souveraineté britannique sont d'abord qu'ils devront imposer le traité transatlantique à un décideur politique de plus, et ensuite que d'autres peuples risquent de suivre cet exemple ce qui introduirait autant de négociateurs de plus. Quant on connaît l'enjeu véritable de ce traité, vraisemblablement ignoré par la quasi-totalité des commissaires européens chargés de sa préparation secrète, on peut comprendre que les Etats-Unis feront tout ce qui est en leur pouvoir pour maintenir l'unicité du décideur côté européen, préserver l'unité de l'Union Européenne (alors que partout ailleurs ils sèment le chaos) et assurer la survie de l'euro.
 
Delenda Carthago.

lundi 13 juin 2016

la pire erreur

La pire erreur n'est peut-être pas de se tromper d'ennemi, mais de le clamer. La pire erreur n'est pas de désigner aux stratèges français la Basse-Saxe, mais de le faire savoir à la Prusse et au Reich. Ce n'est pas de désigner aux états-majors le chef de section de la tranchée d'en face, mais de laisser le haut commandement interallié ennemi comprendre qu'on ignore tout de son existence et de ses intentions.
 
Le ministre de la défense français Jean-Yves Le Drian entend apporter une réponse à la question "qui est l'ennemi ?". Sa réponse et celle de ses conseillers, en quatre-vingts pages, c'est "Daech", Daech et encore Daech.
 
Il paraît que cet ennemi, auquel il impute les attentats de 2015, a surpris la France par ses méthodes totalement nouvelles, comme si on n'avait jamais connu de terrorisme aveugle et d'attentats ciblés depuis 1985, avec d'ailleurs une vague tous les dix ans. Il paraît que ces méthodes ont constitué une véritable rupture stratégique et qu'elles doivent par conséquent induire une redéfinition de la stratégie de la France, comme si elles étaient plus qu'un simple mode d'action asymétrique de l'informel contre l'établi et un moyen justement de contourner le dispositif de dissuasion interétatique et le dispositif militaire, qu'on a certes du mal à qualifier encore d'outil de défense (même si le ministre considère la capacité d'entrée en premier sur un théâtre comme une posture de défense).
 
Par ce livre le gouvernement prend l'excuse d'avoir été surpris par les meurtres rituels de janvier et novembre 2015 (la presse a caché qu'au Bataclan la kalachnikov a servi à immobiliser les victimes ensuite égorgées et décapitées au canif) et il en fait une menace militaire extérieure justifiable d'une frappe, qu'on avait baptisée Brochet-3 avant même de savoir que justement on a, là aussi, fait évacuer les bâtiments visés avant de les bombarder "impitoyablement", c'est-à-dire qu'on a détruit une infrastructure syriennne préalablement vidée de ses usurpateurs turco-qataris. La France répète ainsi haut et fort qu'une quinzaine ou une vingtaine d'exécutants, apparemment plus criminels que stratèges (et morts pour la plupart), lui ont fait modifier sa doctrine de défense et sa stratégie militaire. Elle prétend aussi croire que c'est ce Daech qui a soi-même ordonné les massacres et envoyé des commandos "militarisés" (mot employé avec insistance), et non pas des individus porteurs de simples armes individuelles, et représentant moins d'une demi-section, qui ont pris l'initiative d'appliquer localement les préceptes d'un livre de chevet autorisé en France, comme le rappelait récemment le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve ("ce n'est pas un délit de prôner le djihad").
 
La désignation de l'Etat Islamique en Irak et au Levant comme ennemi officiel permet aussi de déclarer qu'on n'avait pas d'ennemi avant la fondation de cette organisation, d'ailleurs créditée au passage d'un statut proto-étatique, reconnaissance qui équivaut à une promotion au niveau de sujet de droit international et ne peut que relever son image et favoriser son recrutement. Cet octroi d'un statut proto-étatique (déjà doté, note le ministre, de certains attributs d'un Etat) est bien commode pour occulter qu'en réalité c'est sur le territoire d'un Etat souverain véritable et reconnu, en l'occurrence la Syrie, que la France a engagé ses forces armées... précédées d'ailleurs par ses forces médiatiques et politico-diplomatiques engagées plusieurs années avant la proclamation dudit "Daech". Cette désignation permet aussi de délimiter l'ennemi au profil qu'il entend se donner, puisque l'adoption par le gouvernement français de l'acronyme "Daech" exclut non seulement les forces de guérilla désignées sous une appellation distincte, dont les enquêteurs sur le terrain et les fournisseurs d'armement savent qu'il ne s'agit que d'étiquettes pour la presse internationale, mais également celles dont ledit Daech ne reconnaîtrait pas la dépendance. Daech est l'ennemi, mais le Front Al-Nosra "fait du bon boulot", selon l'expression du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, et on continue de livrer des armes à l'Armée Syrienne Libre, une boîte aux lettres en Turquie qui se charge ensuite de les distribuer aux diverses factions combattantes et massacrantes, parfois rivales mais travaillant toutes au même objectif. Enfin, désigner Daech comme seul ennemi permet de fixer une date de début des hostilités, qui peut varier entre la proclamation de la fondation de cette organisation et son affirmation concrète sur le terrain, c'est-à-dire quelque part entre avril 2013 et juin 2014. La date de commission des meurtres collectifs qu'on lui attribue en France n'est qu'un détail puisque le ministre de la défense explique que cette organisation considère la France (et d'autres pays) comme son ennemi structurel, celle-ci n'en ayant pris conscience que de manière conjoncturelle.
 
Et, bien pratique aussi, désigner pour ennemi une organisation qui est sur le point d'être défaite (par la Russie et en dépit des efforts contraires de la France et plus généralement de l'OTAN) permettra de clamer bientôt victoire là-bas, paix et sérénité ici... même si aucun prisonnier ennemi n'a été capturé à Molenbeek ou à Saint-Denis. Le mouvement n'est pas sans rappeler la proclamation de la mort de Ben Laden et donc la fin de "l'ennemi" Al-Qaïda au moment où les Etats-Unis devaient réhabiliter l'image des Talibans pour les réinstaller en Afghanistan. Libre au gouvernement d'envoyer demain la Légion Etrangère épauler la branche Al-Nosra de la Légion Islamiste Internationale (tant qu'elle se déclare distincte de la branche Daech), libre au prochain gouvernement de déclarer la guerre, s'il le juge médiatiquement opportun, à la prochaine mouvance, déclarée ou pas, avec drapeau, sigle et organigramme ou pas, auxquels les volontaires de Molenbeek et de Saint-Denis (et de milliers d'autres villes) déclareront avoir prêté allégeance lorsque cela leur assurera l'audience de la presse. Car c'est la même cellule servant la même idéologie, par-delà le renouvellement des membres au cours des décennies, qui se renomme selon le vent dominant (et l'intérêt des médias) groupe d'Action, de Prédication, antenne locale d'Al-Qaïda puis branche régionale de l'ISIS (du Nigéria aux Philippines en passant par l'ex-Libye et la Russie) et demain toute autre bannière porteuse.
 
En quatre-vingts pages, ce "qui est l'ennemi ?" ne mentionne l'islam qu'une fois, au sujet de son expansion fulgurante il y a treize siècles. Il évoque pourtant une idéologie de ce Daech, qu'il appelle "djihadisme takfiriste" et à laquelle il attribue des ambitions eschatologiques, et dont la description en deux phrases rappelle à s'y méprendre l'islam tel qu'il a été codifié par son fondateur dans un manifeste clair et rigide traduit dans toutes les langues et illustré par près d'un millénaire et demi de pratique. Certes "djihadisme" est le néologisme à la mode permettant d'évoquer ce qui semble politiquement innommable, comme autrefois on vilipendait ceux qui faisaient l'amalgame entre marxisme, léninisme, trotskisme, nazisme, maoïsme, polpotisme et enverhodjisme, afin de fractionner les représentations (dont un professeur de politologie aurait eu du mal à expliquer les nuances à un philosophe voire à Marx lui-même) et d'interdire aux peuples la vision d'ensemble d'un collectivisme conquérant au niveau mondial. Djihadiste, cette nouvelle transcription de l'arabe moudjahidine, et djihadisme, cette adaptation francophonarde de l'arabe djihad, sont par contre cités à profusion dans cette désignation de l'ennemi, comme si celui-ci distinguait pour sa part entre les (chrétiens) dominico-communionnistes, mensuo-confessionnistes, messe-annuellistes et simples extrêmonctionnistes, voire les athées nés involontairement dans ce que l'islam appelle le domaine de la guerre.
 
Certes de nombreux militaires français ont appris autrefois à combattre les Spetsnaz soviétiques, et les grandes oreilles françaises ont appris le tchécoslovaque tandis que leurs homologues voisines apprenaient qui le roumain, qui le polonais ou le bulgare. Simutanément les Africains étudiaient les organigrammes de l'armée cubaine et les Asiatiques craignaient les modes d'action du Viet-Cong et des Khmers Rouges soutenus par la Chine. Le monde libre, sans ignorer la rivalité sino-soviétique et la rébellion non-alignée, était conscient d'être confronté au monde collectiviste. En France chacun connaissait son ennemi sur le terrain puisque le corps de manoeuvre se préparait à rencontrer les divisions de premier échelon du Pacte de Varsovie et la défense territoriale se préparait à accueillir les Spetsnaz, mais on osait décrire un ennemi plus général, les forces Carmin dans les années 80 ou Orange dans les années 70. Cela n'a pas empêché le gouvernement français de former des officiers communistes angolais ou de recruter des militants communistes dans des installations sensibles (en dépit du précédent des sabotages de 1939), mais l'ennemi général était désigné.
 
Si le gouvernement français ne veut pas reconnaître que c'est l'Islam qui est entré en guerre (et pas en 2013) contre le monde libre, il pourrait du moins faciliter l'étude psychologique et opérationnelle d'un ennemi générique présentant des traits communs caractéristiques découlant d'un manifeste millénaire, que le Septième Scénario appelle l'idéologie Emeraude.

lundi 23 mai 2016

l'interdiction légale de contrôle des étrangers en France

Avertissement : cet article n'apprendra rien aux lecteurs de la Huitième Plaie.
 
A l'un de ces moments désormais périodiques où l'on s'interroge sur la sécurité des avions et donc l'étanchéité des aéroports, de nombreux Français sont sidérés de l'hypocrisie des autorités aéroportuaires et policières qui multiplient les déclarations publiques rassurantes tout en laissant ostensiblement, tous les jours, passer à côté des portiques des dizaines de formes humanoïdes sous emballage masquant, au motif que leur adhésion à une idéologie du reste ouvertement ennemie leur confère un statut supérieur à celui du commun des mortels et leur accorde le privilège d'une exemption de contrôle. Il s'agit là d'un abus d'autorité, d'une entorse aux lois et règlements et d'une discrimination anticonstitutionnelle.
 
Par contre, ce qu'ignorent la plupart des Français confiants dans leurs législateurs élus, c'est qu'ils ont légalement et formellement interdit d'opérer un contrôle d'identité et de situation de séjour sur une personne d'apparence étrangère.
 
Tandis que leurs électeurs indigènes s'affairaient aux derniers préparatifs du réveillon de nouvel an, quelques députés xénophiles se réunissaient discrètement au Palais-Bourbon pour modifier les conditions de vérification du droit au séjour régulier et altérer la définition du délit d'aide au séjour irrégulier, au moyen de la loi 2012-1560 du 31 décembre 2012 affichant évidemment des motifs sinon charitables du moins humanitaires, et prétextant abusivement n'introduire que quelques modifications administratives sur les conditions de contrôle et de restriction temporaire de la liberté, afin de mettre le droit français en conformité avec la directive européenne 2008/115/CE sur le retour des étrangers en situation irrégulière, et de ce fait mieux garantir l'application des droits de l'homme. En fait de modifications administratives les députés ont restreint la définition d'un délit, et interdit son contrôle.
 
Ainsi la loi 2012-1560 a introduit une condition indispensable à tout contrôle, par quelque autorité que ce soit, des obligations de détention, port et présentation des pièces et documents relatifs au séjour des étrangers en France : ce contrôle ne peut désormais être effectué que "si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger". Cette paraphrase semble vouloir interdire le contrôle "au faciès", à l'accoutrement vestimentaire et au comportement exotique, bien qu'elle interdise aussi au passage le contrôle aléatoire ; la police ne peut donc plus ni contrôler quelqu'un au hasard ni contrôler quelqu'un dont la personne dénote la qualité d'étranger, mais seulement les gens dont des éléments objectifs "extérieurs à leur personne" dénotent leur qualité d'étrangers. Par ailleurs les contrôles "ne peuvent consister en un contrôle systématique" des personnes présentes ou circulant en un lieu donné, c'est-à-dire qu'on ne peut désormais procéder qu'à des contrôles non exhaustifs, donc sélectifs tout en évitant soigneusement de contrôler les personnes dont l'extranéité manifeste émanerait de leur personne plutôt que de "circonstances extérieures". En bref les services chargés du contrôle de la régularité du séjour des étrangers en France ne peuvent contrôler que des gens d'apparence française. Ils peuvent certes approcher en priorité les personnes d'apparence française dont une circonstance extérieure à la personne fait apparaître la qualité d'étranger, par exemple les personnes d'apparence française qui déclarent au personnel de contrôle qu'en réalité, et contrairement aux apparences, elles sont étrangères. Et sans aucun doute, une personne d'apparence mongoloïde s'exprimant en mandarin et arborant un drapeau chinois dénoncera que le policier l'a interpellée en raison de son faciès et de sa langue (critères de contrôle interdits) avant d'apercevoir son drapeau, seul élément extérieur à sa personne justifiable d'un contrôle et d'ailleurs selon un critère plus subjectif qu'objectif puisque tout un chacun peut arborer un drapeau chinois.
 
Voilà qui a dû passablement désorienter les policiers de base, donner du travail aux centres de formation continue de la police et susciter de nombreuses questions, car évidemment aucun fonctionnaire ne souhaite se rendre coupable d'une faute professionnelle qui entacherait le contrôle de vice de procédure et donc entraînerait l'annulation automatique de toutes les conséquences du résultat dudit contrôle, en plus de faire encourir au fonctionnaire les conséquences de la violation de la loi et des codes en vigueur (celui sur le séjour des étrangers et celui des douanes en particulier). La jeune jurisprudence, tout comme la génèse de la loi, a heureusement rapidement précisé les intentions du législateur en montrant que, par exemple, le fait de parler une langue étrangère et de sembler ne pas comprendre le français ne peut pas être considéré comme une "circonstance extérieure à la personne de l'intéressé", donc n'est pas un élément objectif d'extranéité justifiable du contrôle de l'identité et de la régularité du séjour. En clair, il est désormais illégal de contrôler l'identité et le titre de séjour d'une personne qui, en France, s'exprime dans une langue étrangère.
 
Cette loi 2012-1560 a aussi étendu l'immunité pénale dans le cadre de l'aide au séjour irrégulier des étrangers, autrefois réservée à la famille proche de l'étranger clandestin et maintenant étendue à la famille proche de son conjoint ou concubin plus ou moins notoire, famille alliée désormais donc immune au délit d'aide à l'entrée et au séjour irréguliers. Ainsi, toute personne susceptible d'être poursuivie pour le délit d'aide au séjour irrégulier d'un étranger peut acquérir l'immunité en plaçant un parent proche, direct ou par alliance (elle-même étendue à l'alliance informelle "notoire"), en situation de concubinage apparent avec l'intéressé ou un membre de sa famille. L'immunité est également étendue à toute personne physique ou morale, qui, en l'absence de contrepartie directe ou indirecte, fournit des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d'hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des "conditions de vie dignes et décentes" à l'étranger, ou bien toute autre aide visant à "préserver la dignité ou l'intégrité physique" de celui-ci. L'immunité en matière de délit d'aide au séjour irrégulier, qui n'était auparavant applicable qu'aux personnes physiques (logique en ce qui concerne l'emprisonnement) est donc ainsi étendue aux personnes morales, c'est-à-dire associations ou entreprises, auparavant passibles au moins de l'amende ; ainsi ce n'est plus seulement la personne physique autrefois considérée comme délinquante qui est couverte par l'immunité, mais également la personne morale autrefois considérée comme association de malfaiteurs. Certes le délit d'aide au séjour irrégulier des étrangers n'était auparavant pas constitué lorsque le motif en était la préservation de l'intégrité physique de l'illégal (assistance à personne en danger heureusement non pénalisée), mais l'exception est désormais étendue à l'amélioration de son confort, faute de précision sur la notion de dignité et décence des conditions de vie dans l'illégalité, qu'elle soit d'ailleurs clandestine ou déclarée puisque la clandestinité tend elle-même à disparaître depuis que les services gouvernementaux entretiennent voire invitent des étrangers en situation d'illégalité.
 
Au-delà, en abrogeant l'article L621-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cette loi a supprimé le délit même de séjour irrégulier. On prétend parfois que cette suppression a été compensée par la création d'un "délit de maintien sur le territoire français en dépit d'une mesure d'éloignement", que la même loi a introduit par un nouvel alinéa de l'article L624-1 qui entend punir d'un an de prison et 3750 euros d'amende tout "étranger qui, faisant l'objet d'un arrêté d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une obligation de quitter le territoire français", est resté malgré tout, si tant est du moins qu'il a bien fait l'objet d'une mesure régulière de placement en rétention ou d'assignation à résidence... c'est-à-dire qu'il a été identifié et déterminé en situation irrégulière, donc au préalable contrôlé, dans les conditions de contrôle exposées ci-dessus. En résumé, séjourner en France de manière illégale n'est plus un délit mais une simple contravention et ce qui est punissable de prison est de se faire prendre, ou plus exactement de rester après avoir été pris et dûment enjoint de quitter la France, par décision de justice. Or la même loi a commencé par compliquer et restreindre singulièrement les conditions dans lesquelles on peut constater, puis mener jusqu'aux suites judiciaires, le séjour illégal.
 
La démarche philosophique ressemble à celle utilisée largement depuis quarante ans pour dépénaliser l'une après l'autre des pratiques considérées naguère comme délictueuses voire criminelles, et aujourd'hui tolérées sauf décision contraire expresse : en supprimant le délit on supprime le délinquant, en déclarant que le vol n'est plus un délit il n'y aura pas forcément moins de vols mais cela fera des délits et des délinquants en moins. Séjourner en France illégalement n'est donc a priori plus un délit, sauf dans les cas individuels où un tribunal en a nominativement décidé autrement, où un ordre de sortie du territoire a bien été signifié selon toutes les règles administratives contraignantes, et où le contrevenant n'a pas obéi : il devient alors, et seulement alors, un délinquant. Evidemment, si tant est qu'on fasse encore l'effort de présenter un cas procéduralement parfait à la justice, rien ne garantit qu'un juge osera prononcer un arrêt contraire à l'esprit manifestement permissif du Code ainsi modifié, et même dans ce cas rien ne dit ce qu'il adviendrait, en appel, de sa décision répressive contraire à la volonté des députés du 31 décembre 2012.
 
Trois ans avant la trop peu connue loi 2016-274 allongeant le séjour temporaire, écourtant la rétention administrative, étendant la naturalisation à toute la fratrie d'un bénéficiaire du droit du sol et accordant la régularisation automatique des clandestins en mauvaise santé, la loi 2012-1560 avait manifestement été conçue et votée pour interdire à l'avance toute réaction à l'intrusion massive de hors-la-loi qui allait se produire en 2015, et qui à la lueur de cette loi préparatrice paraît bien moins inopinée qu'on a voulu le dire l'année dernière.
 
Quel qu'en soit l'enrobage administratif visant à masquer l'introduction d'une discrimination flagrante à l'encontre des aborigènes (contrôlables), ce n'est pas par inadvertance qu'une loi a interdit le contrôle des personnes d'apparence étrangère en France deux ans avant le début d'une intrusion illégale massive, comme exposé dans la Huitième Plaie.

mardi 17 mai 2016

cette Eurovision 2016 qui confirme les intentions de l'OTAN

[Synthèse des deux articles d'hier]
 
Le résultat du concours Eurovision de la chanson 2016 a causé plus de sourires que de surprise, et pas seulement du fait que les deux premières places aient été attribuées à des Asiatiques, reléguant le premier Européen, plébiscité par les peuples d'Europe, à la troisième place.
 
Il ne faut pas croire que les cinq pays membres de l'OTAN et de l'Union Européenne dont la contribution financière à l'Union Européenne de Radio-télévision assure (statutairement) la présence de leurs candidats à la finale, par-delà les nombreuses révisions des règles du concours, aient la possibilité de choisir directement le lauréat. En théorie cela reste en partie un concours de popularité, même si cette union de régies d'Etat a parfois banni des participations en raison de la situation politique ou institutionnelle dans certains pays. Certes ce concours, dont les règles sont modifiées sans cesse, surprend parfois les mêmes peuples qui, sur un autre registre, votent des lois en parlement par l'intermédiaire de leurs élus et les voient modifiées ou annulées par des sénats ou des commissions dont le mode de désignation leur échappe. L'édition 2016 aura au moins piqué la curiosité de chercheurs en arithmétique intrigués par l'énigmatique algorythme ou affectation de coefficients qui, en combinant les millions de voix du vote populaire (gagné par le candidat russe, y compris en ex-Ukraine) et les quelques dizaines de voix du choix des experts (porté sur la candidate australo-coréenne), a permis le couronnement de la candidate antirusse, l'ex-soviétique ex-kirghize actuellement sous les couleurs de l'ex-Ukraine, sous pseudonyme arabe (certes inspiré de son patronyme) et sous patronage turc, dont les parents russes sont aujourd'hui embarrassés.
 
Prétendument neutre quant aux résultats, bien qu'active dans la modification permanente de ses règles de calculs, l'Union Européenne de Radio-télévision a néanmoins des services permanents chargés de faire respecter par le pays organisateur le règlement du concours, comme par exemple l'alinea G de l'article 1-2-2 prohibant les "paroles, discours ou gestes de nature politique ou similaire". C'est d'ailleurs sur cette base que la Russie, organisatrice du concours 2009, ôta à la demande de l'Azerbaïdjan une image, dans la présentation visuelle de la candidate arménienne, montrant mine de rien un monument arménien au Haut-Karabagh, cette région chrétienne qui avait fait sécession de l'Azerbaïdjan vingt ans plus tôt après les pogroms anti-arméniens massifs commis à Soumgaït et Bakou par les autorités azéries musulmanes. C'est sur la même base que l'Union Européenne de Radio-télévision aurait dû refuser la chanson dite tatare qui présentait avec insistance plusieurs cartes d'Ukraine annexant des territoires russes et polonais, et dont toute la presse, à l'annonce de sa victoire, a unanimement reconnu le caractère politique. Certes c'est sur d'autres bases, naguère réputées françaises (savoir-vivre et diplomatie), que l'Union Européenne de Radio-télévision aurait aussi dû modérer la virulente et grossière verve antirusse que la présentatrice gouvernementale française Marianne James a proférée pendant toute la durée de la compétition ; mais il est vrai que la France fait, justement, partie des cinq membres qui se sont arrogés un statut spécial en échange de leur contribution financière, ce qui autorise peut-être son gouvernement à voir dans l'Eurovision une tribune pour sa stratégie peu diplomatique.
 
Sur un plan historique récent pourtant, il est vrai que le peuple tatar a souffert comme tous les peuples soumis au communisme, et plus particulièrement les peuples de toutes les Russies soviétisées qui y ont été soumis pendant trois générations. En effet, en 1944 le Géorgien Staline entendit punir collectivement les Tatars, dont les chefs avaient collaboré (comme pratiquement toutes les autorités musulmanes du monde) avec l'Allemagne national-socialiste, en déportant ce peuple de 200000 personnes vers ses territoires d'origine en Ouzbékistan, chiffre certes aussi relatif pour les années quarante que pour l'Ukraine, qui expulsa il y a deux ans un million et demi d'habitants du sud-est et annonce régulièrement son intention de vider la Crimée de ses deux millions et demi d'habitants. Cinq siècles après que les envahisseurs Tatars de la Crimée aient fait allégeance à la Turquie, cet exil d'un demi-siècle (deux générations) a certainement laissé des souvenirs plus frais que les trois siècles et demi (quatorze générations) d'exactions tatares ont laissé sur tout le pourtour nord de la Mer Noire en raison de l'activité principale du khanat, consistant à capturer des Chrétiens en Russie et en Pologne pour les vendre comme esclaves en Turquie, un trafic estimé à plusieurs millions de victimes et comparable à celui des Africains de l'est par les Arabes ou à celui des Européens du sud par les Barbaresques.
 
Sur un plan historique plus ancien les peuples antérieurs de Crimée ont, eux, un demi-millénaire après la fondation de la Russie par le baptême de Saint Vladimir à Chersonèse ou Sébastopol en 988 (équivalent de la fondation de la France par le baptême de Clovis à Reims en 498), commencé à souffrir du joug mongol à partir de l'annexion par la Horde d'Or et encore plus après la mise en esclavage des peuples non musulmans, la destruction de Théodoros puis Constantinople et enfin l'inféodation de la Tauride à la Turquie... jusqu'à leur libération, et l'abolition de l'esclavage, en 1792.
 
Après la dissolution de l'URSS la Russie permit le départ des petits-enfants des Tatars déportés, imitée en cela par les républiques ex-soviétiques d'Asie centrale. Cependant en 1992 l'Ukraine avait annexé la Crimée, qui avait proclamé son indépendance en même temps qu'elle et que la Russie, et Sébastopol, qui était jusque-là un sujet fédéral soviétique comme ces dernières. Sans s'y opposer officiellement, l'Ukraine entrava l'arrivée des Tatars descendants des déportés de cinquante ans plus tôt. Les 265000 qui arrivèrent furent écartés des procédures de privatisation de terres (certes peu étaient agriculteurs puisque selon le mot de Mahomet "la charrue amène la honte") et d'entreprises, réservées aux anciens employés des sovkhozes locaux, et durent se regrouper dans les banlieues des villes où leur taux de chômage s'éleva à 60%, ce qui leur permit certes de fréquenter les nombreuses mosquées construites en hâte par la Turquie, pays qui investit aussi passionnément dans la tatarisation linguistique de ces russophones qui, comme la nouvelle lauréate de l'Eurovision née au Kirghistan, n'avaient retenu que quelques mots du dialecte de leurs aïeux. Année après année, et hors périodes de promesses électorales, le gouvernement ukrainien a refusé d'accorder à cette langue (locale ou importée selon les points de vue) le statut de langue officielle nationale (comme le russe et l'ukrainien) ou locale... et omis même d'accorder aux Tatares la nationalité ukrainienne, les considérant comme immigrés Russes ou Ouzbèques.
 
Dix ans après le début du retour, en 2004, le représentant du Programme de l'ONU pour le Développement Manoj Basnyat annonçait un risque de radicalisation islamiste, tandis que Moustafa Djemilev (ou Moustafa Abdülcemil Cemiloğlu), chef du conseil ou Mejlis tatar autoproclamé et farouche négateur du génocide des Arméniens, disait que cette radicalisation était déjà un fait chez les jeunes, ce qu'il imputait alors aux missionnaires étrangers et au Hizbi Tahrir. Encore dix ans plus tard (en 2014) le même Djemilev, après avoir déployé sur la place Maïdan de jeunes Tatars rapatriés rapidement (par la Turquie) du djihad en Syrie, soutenu le coup d'Etat du 22 février en Ukraine, puis été reçu le 14 mars au siège de l'OTAN, a commencé à travailler au projet d'une brigade islamiste, dont il annoncerait officiellement la création le 1er août 2015, lors du "congrès mondial des Tatars" exilés convoqué à Ankara par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, brigade ouverte aux islamistes russophones de tous pays, armée par la Turquie (membre de l'OTAN) et ouvertement vouée à la conquête de la Crimée.
 
Pour mémoire, ce congrès fut boudé par les Tatars de Crimée, qui en dépit de ses consignes d'abstention avaient massivement voté en mars 2014 en faveur de la réunification de la Crimée avec la Russie, laquelle accorda immédiatement le statut de langue officielle locale au tatare et donc les droits civiques collectifs reconnus par la Charte Européenne des Langues (Conseil de l'Europe) aux pratiquants d'une langue minoritaire. La Russie accorda la nationalité russe à tous les habitants de Crimée, fussent-ils nés Ukrainiens, Ouzbèques ou apatrides, ainsi que les aides sociales nécessaires, subventionna le développement de la culture tatare, et d'une manière générale consacra de gros moyens humains et économiques (en dépit de l'agression économique occidentale) au développement de la Crimée, qui est ainsi en train de rattraper le niveau de vie du reste de la Russie alors qu'elle était la région la plus pauvre de l'Ukraine (dont le revenu moyen est la moitié du revenu moyen russe), les pensions publiques ayant été immédiatement doublées et les salaires ayant rapidement suivi. Avant même que le pont de Kertch ait vu le jour, et alors que la Crimée a été soumise à un féroce blocus de la part de l'Ukraine (sur les plans logistique et économique mais aussi humanitaire avec la coupure de l'eau et de l'électricité pourtant payées), dès 2014 la population de la péninsule, en déclin année après année depuis la fin de l'URSS et l'indépendance de l'Ukraine, a commencé à augmenter et affiche deux ans plus tard un sain redressement démographique, comme d'ailleurs toute la Russie. Les instituts de sondage étrangers qui viennent de temps en temps interroger les Criméens en général ou les Tatars en particulier confirment, parfois contre leur gré, que personne ne regrette la réunification.
 
Les parents Djamalinov, même si leur fille déplore la fermeture de leur gargotte de plage au noir et hors normes sanitaires qui arrondissait l'été leurs revenus maraîchers et musicaux, ont adopté avec soulagement et plaisir la nationalité russe et jouissent pleinement de l'aide économique et sociale massive à l'intégration des Tatars en Crimée, qu'on pourrait percevoir comme une discrimination négative envers les natifs, et qui contraste fortement avec la ghettoïsation pratiquée pendant vingt ans de joug ukrainien. Prospères et enfin heureux près d'Alouchta (entre Simféropol et Yalta), ils ont fermement résisté aux invitations insistantes de leur fille à quitter la Crimée russe et à la rejoindre en ex-Ukraine, tout en lui faisant parvenir à contre-blocus de quoi alléger les privations qu'elle a choisi d'endurer à Kiev en soutenant les perpétrateurs du pogrom de Korsun du 20 février 2014 (qui incita les Criméens à sécuriser l'isthme de Porokop), du coup d'Etat du 22 (qui allait interdire l'usage du russe aux Tatars qui ne connaissent évidemment pas l'ukrainien), et des deux ans d'annonce de la dépopulation de la péninsule par la force. Certainement pas plus nostalgiques des vingt ans d'oppression culturelle et sociale de l'Ukraine corrompue et faillie que des villes des steppes d'Asie centrale de leur enfance, les Tatars revenus en Crimée découvrent ou redécouvrent leur culture grâce aux subventions russes, tout en entretenant de forts liens de solidarité non exclusifs d'une bonne intégration parmi les Criméens natifs. Sans cacher leur déception par l'enfant prodigue qui participe à sa manière aux hostilités ukrano-turco-otano-uniopéennes contre leur province la Crimée et contre leur pays la Russie, les voisins et amis tatars abasourdis viennent maintenant exprimer leur compassion aux parents Djamalinov en leur demandant "pourquoi donc votre fille est-elle allée chanter ça ?"
 
La réponse est vraisemblablement la forte influence sur elle de Moustafa Djemilev (ou Cemiloğlu), fondateur pour l'OTAN d'une brigade islamiste de Tatars hors Crimée, et peut-être porteur d'une commande des "big five" de l'OTAN qui contrôlent le concours Eurovision. En effet le pouvoir issu du coup d'Etat en ex-Ukraine, la Turquie et l'OTAN ne cessent de proclamer leur intention de reprendre la Crimée aux Criméens et à la Russie, comme pour maintenir une tension permanente afin de masquer leurs préparatifs du dernier jour.
 
C'est apparemment dans ce cadre que se placent l'inscription, la sélection puis les commentaires de la chanson "1944" écrite et interprétée par Suzanne dite "Djamila".

lundi 16 mai 2016

les parents de Suzanne "Djamila" menacés ?

Les parents de la lauréate de l'Eurovision Suzanne "Djamila" sont-ils menacés ?
 
Certainement pas, car les Tatars revenus en Crimée, ayant vécu des heures difficiles (une vingtaine d'années sous le joug ukrainien), entretiennent de forts liens de solidarité. Tout au plus les voisins et amis tatars abasourdis expriment-ils leur compassion aux parents Djamalinov, sans cacher leur déception par cette enfant prodigue qui a choisi le camp des perpétrateurs du pogrom de Korsun du 20 février 2014 (qui allait inciter les Criméens à sécuriser l'isthme de Porokop) puis du coup d'Etat du 22 (qui allait interdire l'usage du russe aux Tatars qui ne connaissent évidemment pas l'ukrainien), et qui deux ans après participe à sa manière aux hostilités turco-otano-uniopéennes contre leur province, la Crimée, et contre leur pays, la Russie.
 
On décrivait hier les résultats rapides de l'aide russe massive à la réintégration des Tatars, en total contraste avec les vingt ans de ghettoïsation ukrainienne. Aux curieux qui ont vainement cherché une biographie de Djamila, on ne peut que suggérer l'article d'Ilya Sergueïev sur http://antifashist.com/item/roditeli-ukrainki-dzhamaly-blagodenstvuyut-v-rossijskom-krymu.html, éloquent quant à la prospérité de ses parents enfin heureux à Alouchta (entre Simféropol et Yalta) et qui, en dépit de son insistance à ce qu'ils quittent la Crimée russe et la rejoignent en ex-Ukraine, ont continué à tenter de lui faire parvenir à contre-blocus de quoi alléger ses privations choisies à Kiev.
 
"Mais pourquoi votre fille est-elle allée chanter ça ?"

dimanche 15 mai 2016

Turcovision 2016

Le résultat du concours Eurovision de la chanson 2016 a causé plus de sourires que de surprise, et pas seulement du fait que les deux premières places aient été gagnées par des Asiatiques, le premier Européen n'arrivant qu'en troisième place.
 
Il ne faut pas croire que les cinq pays membres de l'OTAN et de l'Union Européenne dont la contribution financière à l'Union Européenne de Radio-télévision assure (statutairement) la présence de leurs candidats à la finale, par-delà les nombreuses révisions des règles du concours, aient la possibilité de choisir directement le lauréat. En théorie cela reste en partie un concours de popularité, même si cette union de régies d'Etat a parfois banni des participations en raison de la situation politique ou institutionnelle dans certains pays. Certes ce concours, dont les règles sont modifiées sans cesse, surprend parfois les mêmes peuples qui, sur un autre registre, votent des lois en parlement par l'intermédiaire de leurs élus et les voient modifiées ou annulées par des sénats ou des commissions dont le mode de désignation leur échappe. L'édition 2016 aura au moins piqué la curiosité de chercheurs en arithmétique intrigués par l'énigmatique algorythme qui, en combinant le vote populaire (gagné par le candidat russe) et le choix des experts (porté sur la candidate australo-coréenne), a permis le couronnement de la candidate antirusse, l'ex-soviétique ex-kirghize actuellement sous les couleurs de l'ex-Ukraine, sous pseudonyme arabe (certes inspiré de son patronyme) et sous patronage turc.
 
Prétendument neutre quant aux résultats, bien qu'active dans la modification permanente de ses règles de calculs, l'Union Européenne de Radio-télévision a néanmoins des services permanents chargés de faire respecter par le pays organisateur le règlement du concours, comme par exemple l'alinea G de l'article 1-2-2 prohibant "les paroles, discours ou gestes de nature politique ou similaire". C'est d'ailleurs sur cette base que la Russie, organisatrice du concours 2009, ôta à la demande de l'Azerbaïdjan une image, dans la présentation visuelle de la candidate arménienne, montrant un monument arménien au Haut-Karabagh, cette région chrétienne qui avait fait sécession de l'Azerbaïdjan vingt ans plus tôt après les pogroms anti-arméniens massifs commis à Soumgaït et Bakou par les autorités azéries musulmanes. C'est sur la même base que l'Union Européenne de Radio-télévision aurait dû refuser la chanson dite tatare qui présentait des cartes d'Ukraine annexant des territoires russes et polonais, et dont toute la presse, à l'annonce de sa victoire, a unanimement reconnu le caractère politique. Certes c'est sur d'autres bases, naguère réputées françaises (savoir-vivre et diplomatie), que l'Union Européenne de Radio-télévision aurait aussi dû modérer la virulente et grossière verve antirusse que la présentatrice gouvernementale française Marianne James a proférée pendant toute la durée de la compétition ; mais il est vrai que la France fait, justement, partie des cinq membres qui se sont arrogés un statut spécial en échange de leur contribution financière, ce qui pousse peut-être son gouvernement à voir dans l'Eurovision une tribune pour sa stratégie peu diplomatique.
 
Sur un plan historique récent pourtant, il est vrai que le peuple tatar a souffert comme tous les peuples soumis au communisme, et plus particulièrement les peuples de toutes les Russies soviétisées qui y ont été soumis pendant trois générations. En effet, en 1944 le Géorgien Staline entendit punir collectivement les Tatars, dont les chefs avaient collaboré (comme pratiquement toutes les autorités musulmanes du monde) avec l'Allemagne national-socialiste, en faisant déporter ce peuple de 200000 personnes vers ses territoires d'origine en Ouzbékistan, chiffre certes aussi relatif pour les années quarante que pour l'Ukraine, qui expulsa il y a deux ans un million et demi d'habitants du sud-est et annonce régulièrement son intention de vider la Crimée de ses deux millions d'habitants. Cinq siècles après que les Tatars aient envahi la Crimée puis fait allégeance à la Turquie, cet exil d'un demi-siècle (deux générations) a certainement laissé des souvenirs plus frais que les trois siècles et demi (quatorze générations) d'exactions tatares ont laissé sur tout le pourtour nord de la Mer Noire en raison de l'activité principale du khanat, consistant à capturer des Chrétiens en Russie et en Pologne pour les vendre comme esclaves en Turquie, un trafic estimé à plusieurs millions de victimes et comparable à celui des Africains de l'est par les Arabes ou à celui des Européens du sud par les Barbaresques.
 
Sur un plan historique plus ancien les peuples antérieurs de Crimée ont, eux, un demi-millénaire après la fondation de la Russie par le baptême de Saint Vladimir à Chersonèse ou Sébastopol en 988 (équivalent de la fondation de la France par le baptême de Clovis à Reims en 498), commencé à souffrir du joug mongol à partir de l'annexion par la Horde d'Or et encore plus après la mise en esclavage des peuples non musulmans, la destruction de Théodoros puis Constantinople et enfin l'inféodation de la Tauride à la Turquie... jusqu'à leur libération, et l'abolition de l'esclavage, en 1792.
 
Après la dissolution de l'URSS la Russie permit le départ des petits-enfants des Tatars déportés, imitée en cela par les républiques ex-soviétiques d'Asie centrale. Cependant en 1992 l'Ukraine avait annexé la Crimée, qui avait proclamé son indépendance en même temps que la Russie et l'Ukraine, et Sébastopol, qui était un sujet fédéral soviétique comme ces dernières. Sans s'y opposer officiellement, l'Ukraine entrava l'arrivée des Tatars descendants des déportés de cinquante ans plus tôt. Les 265000 qui arrivèrent furent écartés des procédures de privatisation de terres (certes peu étaient agriculteurs puisque selon le mot de Mahomet "la charrue amène la honte") et d'entreprises, réservées aux anciens employés des sovkhozes locaux, et durent se regrouper dans les banlieues des villes où leur taux de chômage s'éleva à 60%, ce qui leur permit certes de fréquenter les nombreuses mosquées construites en hâte par la Turquie, pays qui investit aussi passionnément dans la tatarisation linguistique de ces russophones qui, comme la nouvelle lauréate de l'Eurovision née au Kirghistan, n'avaient retenu que quelques mots du dialecte de leurs bisaïeux. Année après année, et hors périodes de promesses électorales, le gouvernement ukrainien a refusé d'accorder à cette langue (locale ou importée selon les points de vue) le statut de langue officielle nationale (comme le russe et l'ukrainien) ou locale... et omis même d'accorder aux Tatares la nationalité ukrainienne, les considérant comme immigrés Russes ou Ouzbèques.
 
Dix ans après le début du retour, en 2004, le représentant du Programme de l'ONU pour le Développement Manoj Basnyat annonçait un risque de radicalisation islamiste, tandis que Moustafa Djemilev (ou Moustafa Abdülcemil Cemiloğlu), chef du conseil ou Mejlis tatar autoproclamé et farouche négateur du génocide des Arméniens, disait que cette radicalisation était déjà un fait chez les jeunes, ce qu'il imputait alors aux missionnaires étrangers et au Hizbi Tahrir. Dix ans plus tard (en 2014) le même Djemilev, après avoir déployé sur la place Maydan de jeunes Tatars rapatriés rapidement (par la Turquie) du djihad en Syrie, soutenu le coup d'Etat du 22 février en Ukraine, puis été reçu le 14 mars au siège de l'OTAN, a commencé à travailler au projet d'une brigade islamiste, dont il annoncerait officiellement la création le 1er août 2015, lors du "congrès mondial des Tatars" exilés convoqué à Ankara par le président turc Recep Tayyip Erdoğan, brigade ouverte aux islamistes russophones de tous pays, armée par la Turquie (membre de l'OTAN) et vouée à la conquête de la Crimée.
 
Pour mémoire, ce congrès fut boudé par les Tatars de Crimée, qui en dépit de ses consignes d'abstention avaient massivement voté en mars 2014 en faveur de la réunification de la Crimée avec la Russie, laquelle accorda immédiatement le statut de langue officielle locale au tatare et donc les droits civiques collectifs reconnus par la Charte Européenne des Langues (Conseil de l'Europe) aux pratiquants d'une langue minoritaire. La Russie accorda la nationalité russe à tous les habitants de Crimée, fussent-ils nés Ukrainiens, Ouzbèques ou apatrides, ainsi que les aides sociales nécessaires, subventionna le développement de la culture tatare, et d'une manière générale consacra de gros moyens humains et économiques (en dépit de l'agression économique occidentale) au développement de la Crimée, qui est ainsi en train de rattraper le niveau de vie du reste de la Russie alors qu'elle était la région la plus pauvre de l'Ukraine (dont le revenu moyen est la moitié du revenu moyen russe), les pensions publiques ayant été immédiatement doublées et les salaires ayant rapidement suivi. Avant même que le pont de Kertch ait vu le jour, et alors que la Crimée a été soumise à un féroce blocus de la part de l'Ukraine (sur les plans logistique et économique mais aussi humanitaire avec la coupure de l'eau et de l'électricité pourtant payées), dès 2014 la population de la péninsule, en déclin année après année depuis la fin de l'URSS et l'indépendance de l'Ukraine, a commencé à augmenter et affiche deux ans plus tard un sain redressement démographique, comme d'ailleurs toute la Russie. Les instituts de sondage étrangers qui viennent de temps en temps interroger les Criméens en général ou les Tatars en particulier confirment, parfois contre leur gré, que personne ne regrette la réunification.
 
Cela n'empêche pas le pouvoir issu du coup d'Etat en ex-Ukraine, la Turquie et l'OTAN d'annoncer régulièrement leur intention de reprendre la Crimée aux Criméens et à la Russie, et de maintenir une tension permanente afin d'occulter leurs préparatifs du dernier jour.
 
C'est apparemment dans ce cadre que se placent l'inscription, la sélection puis les commentaires de la chanson "1944".

lundi 9 mai 2016

Panamalgame - dernière assimilation abusive

En assimilant abusivement une opération de diffamation ciblée et infondée à une enquête de fond, la campagne Panamalgame a sérieusement disqualifié la presse européenne.
 
On a déjà exposé comment la campagne Panamalgame a confondu intentionnellement sociétés offshore (personnes légales sous statut non résident) et comptes offshore (lignes comptables dans des comptes bancaires états-uniens), puis comment elle a mélangé volontairement expatriation légale de capitaux et fraude fiscale dans le pays d'origine, et comment elle a aussi pris les lecteurs des grands quotidiens sensationnalistes pour des ignorants du droit commercial et des sociétés.
 
Une autre assimilation abusive de cette campagne a consisté à présenter une diffamation ciblée et infondée comme une enquête de fond.
 
Le Consortium International des Journalistes Fouilleurs (www.icij.org) ne se cache pas d'être un "projet" du Centre pour l'Intégrité Publique états-unien (www.publicintegrity.org), sis à Washington, dont tous les administrateurs ont travaillé dans de grands médias états-uniens et dont le conseil consultatif compte parmi ses membres des personnalités comme Paul Volcker (Commission Trilatérale, Chase Manhattan, Federal Reserve, gouvernement états-unien...). Son Programme de Délation du Crime Organisé et de la Corruption (www.occrp.org) affiche clairement être financé par le gouvernement états-unien (USAID) et l'empire Soros (Open Society). Ce sont les journaux ayant accepté le rôle de relais étrangers (dont Le Monde pour la France) qui avaient omis ce petit détail au moment de diffuser les "conclusions" élaborées par ce programme après que le Süddeutsche Zeitung lui ait communiqué la dénonciation anonyme puis la documentation électronique qu'il dit avoir reçues.
 
Pour mémoire la presse occidentale a coutume de qualifier de "source non indépendante" toute source privée ou publique hors pays de l'OTAN, et de "information non confirmée" tout ce qui ne provient pas d'une agence de presse d'un pays de l'OTAN (AFP, AP et Reuters). Et il n'y a encore pas si longtemps la presse des pays libres exigeait que ses sources se présentent (quitte à protéger leur identité) pour prendre en compte ses informations, et les recoupait avec d'autres sources avant de les exploiter, sans préjudice de la déontologie du journalisme définie dans la Charte de Munich.
 
Sur le plan pénal, la plupart des pays n'acceptent pas les dénonciations anonymes, mais par ailleurs obligent toute personne ayant connaissance d'un délit à le dénoncer à la justice (du pays), tout en garantissant la présomption d'innocence à toute personne non encore condamnée. Le Süddeutsche Zeitung a cependant immédiatement annoncé qu'il garderait secrets la douzaine de millions de courriels qu'il prétend avoir reçus, et ne les communiquerait à aucune autorité judiciaire, interdisant illégalement toute enquête et poursuite judiciaire contre les personnes qu'il diffame, ainsi privées de droit de défense. Les accusations resteront donc infondées. Certes la justice des états de droit ne reconnaît aucune valeur aux supports électroniques, même si ceux électroniquement authentifiés peuvent souvent être présentés à titre indicatif (valeur d'indice). Dans certains pays les documents obtenus frauduleusement sont irrecevables, et dans d'autres les documents privés (notamment correspondance, dont l'interception est un délit) ne peuvent être produits qu'avec l'accord de leur auteur.
 
C'est d'ailleurs le cas en France, ce qui n'a pas empêché son gouvernement impulsif, dès le lancement de la campagne Panamalgame, d'annoncer immédiatement des sanctions contre le Panama, sans même s'interroger sur le caractère international (et authentique) des faits qu'un voleur anonyme de correspondance électronique (peut-être altérée) avait rapportés à un journal allemand au lieu de les dénoncer devant la justice panaméenne. Dès le 5 avril, le ministre Sapin a annoncé à l'assemblée nationale la décision du gouvernement français, accompagnée de qualificatifs peu diplomatiques à l'encontre du gouvernement panaméen, d'inscrire le Panama sur une "liste noire" franco-française distincte (et manifestement différente) de celle du GAFI. Le gouvernement panaméen a ainsi appris par la presse française que le gouvernement d'un pays ami, auquel il accorde d'ailleurs le libre passage des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (vecteurs nucléaires stratégiques) de l'Atlantique au Pacifique, allait lui appliquer sans document ni procès une série de "sanctions", hostilités contraires au droit international. D'autres gouvernements se sont joints au français pour annoncer d'une part des hostilités contre le Panama, et d'autre part une chasse indiscriminée aux sociétés offshore et surtout aux fonds offshore pas encore réfugiés aux Etats-Unis (soit une minorité).
 
Alors que le gouvernement français a récemment démontré ses prétentions à la juridiction universelle en faisant condamner par sa justice (dont la révocation de l'indépendance a été prononcée en août 1790 et confirmée en janvier 1987) le responsable belge d'un site internet belge dont le contenu pouvait heurter l'intolérance de mahométans francophones, on ignore comment il réagirait si l'Italie ou l'Allemagne lui appliquait des sanctions sans jugement au motif que le ministre français du budget a un compte bancaire clandestin en Suisse ou qu'un pirate informatique anonyme déclarait à un journal espagnol que le cabinet juridique Dupont & Dupuis aide des entreprises étrangères à ouvrir des comptes bancaires en France. On ignore aussi comment il réagirait si toute la presse unanime d'Asie ou d'Afrique déployait la photographie du président français en première page de numéros spéciaux rapportant les accusations anonymes d'un pirate informaticien contre le grand capitalisme américain, au motif que le président aurait côtoyé à l'école primaire un concitoyen, aujourd'hui homme d'affaires au casier judiciaire vierge, dont le nom apparaît à un titre ou un autre dans la correspondance électronique non authentifiée anonymement volée ou imputée à un cabinet de conseil singapourien. Au-delà des questions politiques et diplomatiques selon que ces gouvernements de pays asiatiques ou africains décideraient de soutenir ou de réprimer ces agissements de leur presse, le droit français définit cela comme propos injurieux s'ils ne contenaient aucune accusation précise ("M. Hollande est un vaurien et dans son pays il y a un citoyen qui...") ou comme propos diffamatoires, donc portant atteinte à son honneur ou à sa considération, s'ils contenaient une accusation particulière ("M. Hollande est personnellement lié à un concitoyen qui...").
 
Quant à la profondeur de la prétendue enquête de fond que la grande presse occidentale qualifie de journalisme d'investigation, elle a vite été ramenée à sa juste dimension méthodologique, en l'occurrence une recherche ciblée automatisée. Sur la base de données représentée par ces 11,5 millions de courriels, on a lancé sans même les ouvrir une recherche de 730 noms, à savoir une liste de 600 noms établie arbitrairement par les Etats-Unis pour l'imposition par les membres de l'OTAN et de l'UE de "sanctions" sans jugement préalable telles la confiscation illégale (vol) de comptes bancaires (ministres nord-coréens par exemple), et une liste de 130 noms établie par ledit Centre états-unien pour l'Intégrité Publique à l'étranger sur des critères inavoués mais prétextant des liens entre milieux d'affaires et politiques (présidents de clubs de football par exemple). Pour faire une comparaison, il ne s'agit ni d'une étude sociologique statistique sur l'infidélité conjugale, ni d'une enquête de police d'adultère nominatif, mais d'un rapport de détective privé répondant à la question "le prénom de Julie apparaît-il dans les courriels de mon mari ?" (sans demander ni si un autre prénom apparaît, ni si Julie apparaît dans la correspondance du fils, ni à quel titre, mentionné ou destinataire, ce prénom apparaît). C'est ainsi qu'on a la certitude que le nom du président du plus grand pays du monde (dont les journaux des pays membres de l'OTAN ont mis le portrait en première page) ne figure pas une seule fois dans la douzaine de millions de courriels, et que le nom du président du pays qui a financé (donc commandité) l'opération n'a pas été proposé au logiciel de recherche, pas plus d'ailleurs que le nom d'aucun dirigeant de ses grandes entreprises bancaires ou industrielles.
 
Même si la campagne Panamalgame orientée avait pour objectif principal de ramener au plus grand paradis fiscal mondial les fonds officiellement enregistrés dans ses petits concurrents, et pour objectif secondaire de discréditer, déshonorer et affaiblir le président du grand pays le plus probe, elle a aussi contribué, ce qui était peut-être un objectif subsidiaire, à disqualifier un peu plus la presse européenne qui a diffusé et démultiplié cette campagne. La publication sensationnaliste et délictuelle, ce 9 mai, de prétendus extraits choisis de ces documents volés ou fabriqués, non authentifiés (et réclamés en vain par la justice), n'arrange rien.

dimanche 1 mai 2016

le Terminator BMPT

Enfin surgit une question militaire, huit mois après la sortie du Septième Scénario, sur le Terminator.
 
Pour leur part les hautes autorités auxquelles cette étude a été présentée n'ont pas manifesté de grande surprise, et se sont contentées de rester silencieuses ou de féliciter l'auteur anonyme pour son travail dont aucun état-major n'avait été chargé. Même si certaines fiches pays de la DRM relèvent désormais de l'amateurisme, ces autorités en savent plus sur les menaces qui pèsent sur la France que ce qu'elles peuvent reconnaître publiquement. Elles avaient évidemment noté que la première puissance militaire d'Afrique, et vingtième mondiale, a doublé son budget militaire depuis cinq ans (et quintuplé en quinze ans), aussi elles n'ont pas été surprises d'apprendre que toute étude de ses forces antérieure à 2013 était totalement périmée puisque la moitié de sa flotte a aujourd'hui moins de deux ans d'âge, juste le temps de former les équipages à ces équipements à la pointe de la technologie comme frégates furtives, sous-marins silencieux et missiles de croisière.
 
Certains commentateurs peu familiers des recherches et évaluations de renseignement préalables à toute évaluation opérative ou tactique n'ont vu qu'un exercice intellectuel de développements plausibles en fonction d'ennemis vraisemblables, sans s'interroger outre mesure sur les rapports de forces, les modes d'action présentés et les effectifs et matériels aux sigles abscons mis en scène dans ce qui aurait pu n'être qu'un exemple de confrontation parmi d'autres, au lieu d'un véritable scénario au sens du Livre Blanc, censé faire la synthèse d'un type de menace potentielle.
 
Un officier supérieur, tacticien d'une arme de mêlée, a d'abord suspecté une erreur typographique, bien que d'après l'emploi qui lui est assigné dans le Septième Scénario il ne pût s'agir d'un BMP-2 : a-t-on réellement, sans avoir l'air d'y toucher, mentionné la présence d'abord symbolique puis tactiquement significative de BMPT dit Terminator au sein des forces "sapin" ? La réponse est oui, ce n'est ni une erreur, ni un hasard ni un épice de science-fiction.
 
Le BMPT est l'arme d'appui feu direct dont rêvent toutes les armées modernes ; certes l'armée française, toujours en retard d'un rêve, a plus humblement longtemps rêvé d'un simple véhicule de combat d'infanterie (ses soldats tombés dans la vallée d'Ouzbine en rêvent encore). Dix exemplaires de Terminator auraient suffi à changer le cours et l'issue de la guerre du Liban, ou de toute confrontation militaire en milieu urbain.
 
Le concept est né d'une défaite cuisante de l'armée russe (et plus particulièrement des chars) à Grozny, lors de la première guerre de sécession islamiste de la république russe de Tchétchénie. Pour faire simple, l'infanterie n'a ni la puissance de feu ni la protection de la cavalerie blindée, laquelle n'a ni la souplesse ni la vision panoramique de l'infanterie, et l'artillerie n'a ni la rapidité de réaction ni la précision de tir direct de l'infanterie et de la cavalerie au contact. Et en ville un feu direct peut venir de dessous, par exemple une mine, contre quoi les véhicules de combat ou de transport d'infanterie sont peu protégés, comme il peut venir de dessus, par exemple un tir fichant du haut d'un immeuble, contre quoi les chars de combat à vision et tir coaxiaux n'ont ni l'angle de vue ni le site ou élévation de tir. Riche en artillerie antiaérienne légère, l'armée russe a initialement pallié cette vulnérabilité en détournant de leur vocation des ZSU 23-4, canons quatritubes de 30 mm automoteurs capables de tirer presqu'à la verticale, mais ces systèmes sont peu protégés de la ferraille du champ de bataille et totalement vulnérables à un tir direct. Or, parenthèse, le gouvernement russe de ce début de siècle est très avare et respectueux de la vie de ses soldats, bien plus que les gouvernements d'autres pays de niveau militaire équivalent, et en particulier le gouvernement français qui n'hésiterait pas à envoyer ses soldats en taxis réquisitionnés et en Renault FT rafistolés au fil de fer par les adjudants d'escadron, affronter les armes modernes qu'il a vendues à l'ennemi.
 
En l'occurrence le premier Terminator a introduit de nouveaux concepts d'ergonomie (interchangeabilité des rôles sans échange de place) et surtout de protection que beaucoup de grands constructeurs d'armement n'ont pas encore copiés, comme séparation des compartiments hommes, munitions et carburant, ou sièges suspendus au toit moins vulnérables aux mines, ou encore système automatisé d'extinction d'incendie, et toujours de nouveaux blindages réactifs et même une détection de mise en joue laser, conférant au total une protection supérieure à celle du char T-90 que le BMPT accompagne pour le protéger de l'infanterie et des hélicoptères. Le BMPT-72 dit Terminator-2, destiné à l'exportation par la conversion de l'ancien char de combat T-72, va plus loin en réduisant l'équipage (au prix de certains lance-grenades). Et bien sûr le T-14 Armata, dans la panoplie des chars de combat où il est pour l'instant le seul représentant de la 4° génération, va encore plus loin dans la robotisation, démontrant non seulement l'avance technologique de la Russie mais surtout son souci de la vie de ses hommes (plus de tireur dans la tourelle).
 
Sans entrer dans les détails techniques, le BMPT a une grande variété d'armements (canons, lance-grenades, lance-missiles et mitrailleuse), surtout anti-personnels mais également anti-chars, opérables séparément, pouvant engager plusieurs cibles distinctes simultanément. Il a une grande puissance de feu à haute cadence de tir qui en fait une arme de saturation autant que de destruction ciblée, et il dispose vraisemblablement de la meilleure protection existant sur un champ de bataille actuellement. Les tacticiens en rêvent, certains industriels y travaillent. Pour l'instant le BMPT n'a pas d'équivalent au monde.
 
Premier au monde aussi, le pays "Sapin" a reçu et testé des BMPT, et vraisemblablement commandé plusieurs centaines de BMPT-72 ou Terminator-2 dont la livraison a peut-être commencé.
 
La seule fiction du Septième Scénario (où la déclaration de l'état d'urgence un 14 novembre était plus fortuite que prophétique), c'est d'avoir imaginé l'adjonction d'un peloton de BMPT à un bataillon d'infanterie, puis surtout l'emploi autonome d'un "bataillon d'appui feu sur BMPT", alors que le constructeur le vend comme accompagnateur de chars au sein d'unités mixtes. Ce n'est qu'une anticipation, car les armées qui envisagent la conversion d'une part importante de leur parc de T-72 en viendront certainement aussi à l'utilisation du Terminator comme appui feu autonome à l'infanterie.